J'ai commencé à seize ans, traîné dans une salle par mon père, avec une idée simple : prendre assez de masse pour tenir le choc sur un terrain de rugby. La vérité, c'est que je partais de très loin. Soixante-sept kilos sur un mètre quatre-vingt-cinq, une silhouette de fil de fer qui n'avait rien à faire sous une barre, ni sur un terrain.
Les premiers mois ont été une épreuve que je n'oublierai jamais. Pas une gêne le lendemain. Des courbatures si profondes qu'elles me clouaient au lit, des matins où je n'arrivais plus à me lever après une séance de jambes, des journées où je ne pouvais plus tendre les bras à cause de la veille. Mon corps protestait contre tout ce que je lui imposais, et sans mon père à côté de moi, je serais rentré chez moi pour ne plus jamais repasser cette porte.
Ce qui m'a fait revenir, séance après séance, n'avait rien à voir avec la motivation ou la discipline dont tout le monde parle. C'était lui. Sa présence, le fait qu'il vienne me chercher et qu'on franchisse ce seuil ensemble. Il a fallu qu'il n'en ait plus le temps, un peu plus tard, et que j'y retourne quand même seul, pour que je comprenne enfin ce que cette salle était devenue pour moi.




